RDC: “On ne réussit pas sans parapluie”

Le bâtiment du campus du lac ou fonctionnent 5 universités de la ville de Goma.

Le bâtiment du campus du lac ou fonctionnent 5 universités de la ville de Goma.

Lauriane vient juste d’avoir son diplôme d’Etat, l’équivalent du baccalauréat. Elle s’inscrit dans une université de la place et suit normalement les cours. Mais, une surprise l’attend.

Dans l’auditoire, son enseignant d’économie donne un travail dirigé, appelé TD dans le jargon estudiantin. Un groupe d’étudiants remettent leurs travail et sortent de l’auditoire. Lauriane n’est pas du nombre. Elle se retrouve parmi ceux qui n’ont pu finir l’exercice et reste dans la salle.

« Laisse-moi ton nom et ton numéro de téléphone, lui dit son enseignant. Je vais rayer ton nom de la liste de ceux qui n’ont pas fini l’exercice.» Lauriane exécute l’ordre et retourne calmement à la maison.

A peine arrivé, son téléphone sonne. Cet enseignant veut la voire. Comme il faisait tard, elle ne pouvait pas sortir de sa parcelle. Elle pressent des soupçons et décide de changer de numéro de téléphone.

Le lendemain, l’enseignant envoie le chef de promotion appeler la demoiselle. Prétexte poussé, qu’elle vienne aider l’enseignant à ranger les papiers d’interrogations. Quand elle fini, l’enseignant ouvre le front : « A l’université, on ne réussit pas sans parapluie, lance-t-il. Je veux t’aider dans le suivi de tes notes chez d’autres enseignants. Pour ça, nous devons vivre ensemble. »

Bouleversée, la jeune fille promit d’y penser et fait tout pour éviter cet enseignant. Mais, celui-ci ne baisse pas son arme. Il change de stratégie. Il utilise désormais le numéro de téléphone du Chef de promotion pour parler à Lauriane. Elle arrête de répondre aux appels de ce numéro.

Jour-J, l’université affiche les résultats des examens. Lauriane échoue lamentablement et est non admise à la filière. Elle n’y croit pas. « Cet enseignant doit y être pour quelque chose, pense-t-elle. » Elle décide d’aller lui exposer le problème.

« La balle est dans tes mains, répond l’enseignant. Tu as refusé de coopérer. Ce n’est pas encore trop tard. Si tu causes bien, tu réussiras. Dans le cas contraire, tu échoueras ! » La jeune fille reste ferme dans sa décision et en assume les conséquences.

La pression du groupe se resserre autour d’elle. « Il y a des amis qui me disaient que ça (rapports sexuels avec l’enseignant) ne dure pas longtemps et que ça ne laisse pas de tache. »  Elle ne cède la « matière » (sexe).

Pour elle, impossible de vivre une relation érotique avec un enseignant considéré comme son propre père. En  plus, la réputation de cet enseignant est gâchis : « Il a 3 femmes à la maison, renseigne Lauriane. Il a des amourettes dans tous les auditoires. Tout cela ne lui suffit pas ? »

La famille de Lauriane pensait aller déstabiliser l’université pour venger cette injustice imposée à leur sœur. Elle l’en empêche pour « ne pas s’attirer des problèmes. » Ce qui la décourage ? Le laxisme du recteur de l’université qui juge que cela relève de la vie privée de l’enseignant. Il n’est pas le seul à agir ainsi.

Le souhait de Lauriane est clair : « Que les universités ne donnent pas beaucoup de charges aux enseignants. Ils en abusent et se considèrent supérieurs. Un enseignant ne doit pas avoir le droit de vie ou de mort sur la scolarité d’un étudiant. »

En attendant, Lauriane a changé de ville pour poursuivre ses études. Elle a su résister au phénomène « Notes sexuellement transmissibles » qui comporte tout un tas de danger.

Par Gaïus Kowene