Goma: Le pont suspendu crée la controverse

Le pont presque fini suspendu au rond point Instigo, à Goma, RD Congo

Le pont presque fini suspendu au rond point Instigo, à Goma, RD Congo

Nous sommes en Avril 2012. Le cortège du gouverneur du Nord Kivu quitte sa résidence en vitesse et stoppe au rond point Instigo, l’un des plus célèbres de la ville. La circulation s’arrête un moment. Le gouverneur sort de son véhicule avec un dispositif sécuritaire costaud et une pluie des journalistes locaux. C’est la pause de la première pierre d’un pont qui devra être suspendu au même endroit. Objectif : éviter aux piétons l’embouteillage des nombreux véhicules. Julien Paluku, gouverneur de province, assure que sa construction ne prendrait que 2 mois. Sur un panneau à coté, les informations relatives à ce pont sont écrites. Celle qui m’intéresse plus : la date de fin des travaux (le 28 Juin 2012) et celle de l’inauguration (le 30 Juin 2012).

Les travaux ont démarrés puis se sont brusquement arrêté. 8 mois après la date prévue pour  l’inauguration, le pont ne l’est pas toujours.

Ce pont, est-il une réponse à un besoin réel ? Les Gomatraciens sont divisés. Beaucoup estiment que c’est un gaspillage, et une petite fraction salue l’initiative.

Gervais Letakamba, jeune pousse pousseur : « Je ne vois pas pourquoi construire un pont sans demander aux usagers s’ils en avaient besoin. Je ne voudrais pas voir mes petits frères passer sur la dessus refoulé de l’école pour minerval. » Il pense que l’argent affecté à la construction de ce pont devait payer les arriérés de salaire de certains enseignants, militaires et fonctionnaires de l’Etat.

« Le Nord Kivu a des priorités plus importantes que ce pont, soutient Mirindi, taximen. Ceci ne nous fera pas oublier les nombreuses promesses qu’ils nous ont faites ». Le jeune Mirindi soupçonne les initiateurs de ce projet de chercher des justificatifs des fonds qu’ils auraient détournés.

D’autres jeunes partent même loin en s’imaginant que ce pont serait le cadeau d’une entreprise de téléphonie mobile.

Une petite fraction des Gomatraciens encourage cette initiative. Pour elle, les gens doivent apprendre à accepter la réalité.

Eric, jeune partisan de la révolution de la modernité : « Pourquoi les gens veulent toujours rester opposants même pour ce qui est claire devant leurs yeux ? Notre ville est entrain d’avancer, mais ils veulent nous remettre en arrière».

Sur la question du social, Ali, du camp favorable au pouvoir veut mettre les choses au clair. « Il ne faut pas mélanger les choux et les carottes, dit-il. Ce n’est par ce que tel ou tel autre capricieux n’est pas satisfait de sa situation que le monde doit arrêter de tourner. Dans le budget du gouvernement le salaire de tous ces gens est prévu. Si c’est leur hiérarchie qui détourne, ils savent ou se plaindre. »

Ce pont, résoudra-t-il effectivement le problème d’embouteillage pour piétons ?

L’avenir nous le dira.

Par Gaïus Kowene