RDC: la victoire militaire kidnappée!

Des politiciens congolais ont kidnappé la victoire militaire des forces armées de la RDC, FARDC sur les rebelles du M23. Ils en profitent pour leurs intérêts personnels.

Par Gaius Kowene

L'armée Congolaise célèbre sa victoire militaire sur les rebelles du M23

L’armée Congolaise célèbre sa victoire militaire sur les rebelles du M23

« Nous demandons aux populations des zones occupés de se préparer déjà à nous accueillir et hisser le drapeau du Congo. » – Colonel Olivier Hamuli, porte-parole des FARDC

« J’ai rencontré des militaires sur la route de Bunagana. Ils m’ont promis d’en finir avec la rébellion du M23. » – un habitant de Rutshuru

Quelques jours après ces messages, l’armée Congolaise appuyée par la brigade d’intervention de l’ONU chasse les rebelles du M23 de leurs derniers bastions, Chanzu et Runyoni.

 

Ce coup attire les medias qui couvrent cette guerre depuis deux décennies. A côté d’eux, des politiciens.

D’abord, les députés nationaux, « fils du terroir. » Juste après les élections législatives, ils sont partis à l’hémicycle pour y apprendre la vie de luxe : concerts musicaux, voiture qui coutent chers, grosses dépenses inutiles, etc…

Jamais ils ne sont venus consulter leurs bases avant de prendre la corruption pour voter une motion. Jamais ils ne sont venus encourager les militaires au front, ni leur apporter une assistance.

D’ailleurs, certains de ces politiciens sont derrière des groupes armés qui écument l’Est de la RDC, comme le témoigne l’un d’eux.

Maintenant que l’armée a gagné, c’est le moment pour eux de se bousculer et d’organiser des visites à la base, voler un peu du succès des FARDC.

Autre chose qui me tique, même le président Joseph Kabila tombe dans le piège.

Avant son arrivée, des ministres visitent la région, des « missions » de travail qui ont couté beaucoup des millions. Pourquoi ne pas rester dans la capitale Kinshasa et ajouter cet argent comme prime d’encouragement à ces militaires et à leurs familles ?

Vient ensuite une méga délégation du chef de l’Etat pour préparer sa visite. Que des dépenses !

Je croyais même qu’après sa visite les militaires pourront sourire. Mais, croyez-moi, ça n’a pas été le cas !

J’étais un soir à la rédaction de la radio Mutaani FM, quand un militaire vient demander qu’on parle de leurs arriérées de solde comme les festivités de fin d’année approchent !

Pourtant, ce sont ces gens qui se sont battu, essuyant des tirs des rebelles et souffrant des éclats des explosifs sur la ligne de front ! Pourquoi ceux qui étaient bonnement dans leurs bureaux climatisés se sont fait autant d’argent, mais, pas les acteurs même de cette victoire ?

Les politiciens devraient plutôt annuler ces missions et visites touristiques inutiles et donner cet argent à l’armée !

Bon, sur ce point-là, je reste quand même prudent. Il y a armée et armée. Qui sait si l’argent envoyé aux militaires est tombé en venant de Kinshasa parce que l’avion était troué ?

5 points clés du discours de Joseph Kabila au Congrès Congolais

Joseph Kabila, président de la RDC (Crédit photo: radiookapi.net)

Joseph Kabila, président de la RDC (Crédit photo: radiookapi.net)

Le président de la RDC, Joseph Kabila a répondu aux recommandations des concertations nationales dans un discours qui a duré plus d’une heure devant le congrès.

Dans la salle, on notait la présence de deux invites spéciaux : le président Denis Sasu du Congo Brazza et Nkosazana Zuma, chef de la commission de l’Union Africaine.

J’ai choisi pour vous 5 points qui donnent ce que je crois être l’essentiel de ce discours. Je les place ici dans l’ordre chronologique (pas de pertinence).

1. Lutte contre les violences sexuelles

Le président de la République démocratique du Congo a promis de s’investir personnellement dans la lutte contre les violences sexuelles et l’utilisation des enfants soldats. Il nommera ainsi très prochainement un représentant spécial pour s’assurer que les auteurs de ces crimes contre l’humanité et crime de guerre soient poursuivis.

2. Mesure de grâce et ouverture politique

Dans son discours, le président Joseph Kabila a dit avoir signé le matin même une mesure de grâce pour tous les prisonniers politiques. Son objectif: recréer un climat de confiance entre les acteurs politiques.

Ceci va de pair avec son ouverture politique qui sera concrétisée par la création d’un gouvernement d’union nationale. Des membres de l’opposition, de la majorité présidentielle et de la société civile pourront ainsi se mettre ensemble et « prendre du miel du pays ».

3. Imposer le respect du genre et de la parité

Le président de la république a proposé que pendant les élections, les parties politiques présentent une liste des candidats avec 30% des femmes. Sauf qu’être candidate n’est pas la garantie d’être élue. C’est comme ça qu’il demande d’étudier la possibilité de voir comment rendre un siège par circonscription électoral obligatoire pour une femme.

4. Pas d’affairisme ni d’enrichissement illicite

« Quand il faut servir le drapeau et les affaires, le premier finit par en partir », pense Joseph Kabila. Pour lutter contre l’affairisme des militaires ou policiers, la corruption et l’enrichissement illicite des membres du gouvernement, le président Congolais nommera prochainement un conseiller spécial pour s’en charger.

5. Décentralisation progressive

Plusieurs fois, la question de la décentralisation créé des grognes au sein des populations. Joseph Kabila a promis de procéder de façon progressive à l’autonomisation des provinces.

Il compte éradiquer les groupes armés Congolais et étrangers et aussi accorder une attention particulière aux personnes vivant avec un handicap, comme les personnes âgées.

Lire l’intégralité du discours de Joseph Kabila

 

RDC, sur la voie de la RCA?

François Bozize, ancien président Centrafricain déguerpi par la coalition rebelle Seleka. Source: 20min.ch

François Bozize, ancien président Centrafricain déguerpi par la coalition rebelle Seleka. Source: 20min.ch

« La situation en République Centre Africaine nous inspire et montre à Kinshasa ou ses agissements peuvent l’amener. » Voilà ce que disait Jean Marie Runiga en début Janvier 2013, dans un point de presse à Bunagana (à la frontière entre la RDC et l’Ouganda). A l’époque, il était président de la rébellion mouvement du 23 Mars, M23. C’était juste avant la reprise des négociations avec le gouvernement de Kinshasa à Kampala, en Ouganda.

Le scénario en RDC, bien que dans un contexte différents, risquerait peut être un jour d’être le même qu’en RCA. Pourquoi ?

Tout d’abord, en RCA, une coalition des groupes rebelles prend les armes et contrôle la plupart des villes du pays. En RDC, cela a été le cas avec le M23 (qui a aussi fait alliance avec plusieurs autres groupes armés d’auto-défense). Ce mouvement rebelle a contrôlé pendant une dizaine des jours la ville de Goma, capitale provinciale du Nord Kivu.

En centre Afrique, les rebelles menaçaient de renverser le pouvoir en place, s’il ne négociait pas ou ne respectait pas les accords. En RDC, Vianney Kazarama, porte parole militaire du M23 l’a dit (par mégarde, je présume). « Nous irons jusqu’à Kinshasa pour chasser ce type (Joseph Kabila), a-t-il dit. Qu’il nous laisse notre pays après l’avoir détruit, et qu’il aille aussi mourir comme Mobutu. » C’est par après que l’actuel président du M23, Bertrand Bisimwa, à l’époque porte parole politique viendra temporiser dans les médias : « Nous n’avons l’intention de renverser personne, nous ne sommes pas entrain de mener un mouvement de libération. Nous ne faisons que revendiquer ce dont les Congolais ont besoin. »

Le gouvernement de la Centre Afrique, avec à la tête l’ex président François Bozize a accepté de négocier avec les rebelles.  Des concessions ont été faites, un accord de paix était signé et une force neutre était déjà en RCA. Pour la RDC, les négociations ont eu lieu à Kampala et se poursuivront. Certaines concessions sont et  d’autres seront encore faites. De là viendra, probablement, un accord de paix. Au même moment, une force internationale neutre (Brigade d’intervention, selon l’ONU) sera mise en place.

Comme la situation en RDC continue à se développer, le scenario arrêté momentanément à cette scène. Mais sous coulisses, il se poursuit.

L’une des possibilités est le semblant de sympathie dont certains Chefs d’Etat de la région ou du monde font l’objet de la part du président Congolais, Joseph Kabila. Ils ont fait ce même semblant avec le Centre Africain François Bozize pour le lâcher à la dernière seconde. Cela se dessine déjà avec le double jeu de l’Ouganda et du Rwanda accusés par l’ONU de soutenir les rebelles du M23. Les USA entrent aussi dans le double jeu avec des semblants de condamnations du Rwanda et de « bonne volonté » dans l’affaire Ntaganda. Au même moment, ils continuent à soutenir clandestinement le Rwanda pour qu’il arme les rebelles du M23 en RDC. Le président Denis Sasu, du Congo Brazza voisin, aussi dans le jeu de cache-cash. Qui oublie sa position face au régime Kabila avec l’Affaire du General Faustin Munene ?

Conclusion: Accord de paix, force internationale neutre n’ont pas empêché le régime de Bozize de s’écrouler. Le Congolais Joseph Kabila doit donc rester prudent.

La complicité de certains membres du gouvernement avec des groupes rebelles partout dans le pays (récemment au Katanga avec des mouvements sécessionnistes) fragilise de plus la capacité du régime Kabila de résister à un tel coup.

S’il ne fait pas partie du jeu de cache-cache de ses pairs, le président de la RDC Joseph Kabila risque de se retrouver pris dans le piège sans la possibilité de bouger. Le scenario Centre Africain pourrait se répéter en RDC d’une façon ou d’une autre. Tout comme celui de Laurent Nkunda et Bosco Ntaganda se répète.

Par Gaïus Kowene