RDC : Nouveau test d’indépendance de la justice

La police Nationale Congolaise entrain de vouloir disperser une des manifestations du mouvement Lucha à Goma, RD Congo

La police Nationale Congolaise entrain de vouloir disperser une des manifestations du mouvement Lucha à Goma, RD Congo

Des jeunes manifestants Congolais du mouvement Lutte pour le changement, LUCHA, ont déposé ce 27 Février une plainte contre un officier de police.

Dans une lettre adressée au Procureur Général près la cours d’appel du Nord Kivu, l’avocat de ce mouvement demande des poursuites judiciaires et sanctions exemplaires en l’encontre du Major Mulamba, commandant du Groupe Mobile d’Intervention à Goma. Ils l’accusent d’avoir copieusement battu une vingtaine des jeunes, membre de la LUCHA, pendant un sit-in la nuit du 21 Février 2013, aux bureaux de l’assemblée provinciale. Cette même nuit, il a extorqué avec ses hommes des téléphones portables, un appareil photo, des bâches et d’autres effets nécessaires pour leur sit-in. Tout ceci a été emporté dans le véhicule de la police.

Ces jeunes pensent avoir raison de réclamer ce droit comme leur manifestation n’était pas illégale. « Nous n’avions barré ni la route, ni les portes du bureau de l’assemblée provinciale, se justifie l’un d’eux. Nous avions informés les autorités comme prévue par la constitution. »

La justice Congolaise est de nouveau devant test de son degré d’indépendance et son niveau de démocratie. Il arrive des fois que les trafics de l’influence classent sans suite des dossiers pareils ou mènent à des sentences qui ne s’exécuteront jamais.

C’est une occasion de reconstruire (ou pas) la confiance des Congolais en leur justice. L’avenir nous en dira plus.

Par Gaïus Koowene

Revendications des jeunes manifestants Congolais

Message posté en Janvier 2013 par le mouvement LUCHA pour eveiller la conscience des Gomatraciens à agir contre le "Mensonge" des politiques

Message posté en Janvier 2013 par le mouvement LUCHA pour eveiller la conscience des Gomatraciens à agir contre le « Mensonge » des politiques

Des jeunes regroupés au sein du mouvement Lutte pour le Changement, LUCHA ont organisé un sit-in devant les bureaux de l’assemblée provinciale du Nord Kivu. Hier nuit, la police en patrouille y est passée. Elle a vandalisé ces jeunes non violents et les a dépouille de leurs téléphones portables, appareils photos, cameras, etc… Mais que réclamaient ces jeunes? Voici un document qui montre leurs revendications.

Résumé

Nous, jeunesse de la ville de Goma, membres de différentes organisations et structures des jeunes, à travers notre mouvement dénommé Lutte pour le Changement (LUCHA), débutons ce jour un sit-in au siège de l’assemblée provinciale du Nord-Kivu, jour et nuit, pour une période indéterminée, jusqu’à obtenir de nos élus qu’ils accomplissent leurs attributions et mettent en œuvre toutes leurs prérogatives constitutionnelles et légales pour :

  1. 1.      Que les travaux d’asphaltage des principaux axes routiers de Goma (10,5 km), qui durent depuis deux ans et causent au million de Gomatraciens des peines inouïes, soient achevés au plus tard le 15 mars prochain ;
  2. 2.      Que la question de la carence d’eau potable dans nos quartiers trouve une solution définitive au cours de leur prochaine session ordinaire.

Sans quoi la population de Goma tout entière, que nous appelons à nous rejoindre dans ce mouvement, va conclure à leur défaillance et leur inutilité et exiger purement et simplement leur démission.

Nous demandons aux députés nationaux et provinciaux du Nord-Kivu, en particulier ceux élus dans la circonscription de la ville de Goma, de soutenir publiquement notre action. Nous les jugerons à leurs actes.

  1. I.                    La situation et ses conséquences

La ville de Goma, jadis auréolée du noble surnom de « capitale touristique de la RDC », est devenue depuis quelques années méconnaissable et invivable, à cause de l’état de ses routes et du manque criant d’eau potable, entre autres choses.

Les travaux de rénovation de la voirie urbaine de Goma ont débuté en février 2011, et la première phase portant sur 10,5 kilomètres de route, et exécutés par l’entreprise TRAMINCO devaient se terminer le 26 février 2012. Mais jusqu’à ce jour, seulement quelque 2 kilomètres faits à la hâte durant la période électorale (octobre 2011) sont asphaltés.

Depuis la conception du projet de réfection de la voirie urbaine jusqu’à ce jour, tout se passe dans l’opacité totale. En particulier, les citoyens ne savent ni le montant total prévu, ni le montant décaissé jusqu’ici pour l’exécution de ces travaux, ni la procédure qui a été suivie pour l’attribution du marché à la TRAMINCO, … Ce qui contrevient aux exigences de transparence et de bonne gouvernance dans un Etat démocratique.

Quant à l’eau potable, alors que Goma est une ville lacustre, seulement 20 à 30 pourcent de la population ont accès à l’eau potable, et encore de façon intermittente. Après avoir inhalé et s’être imbibé de poussière ou de boue, la majorité du million de Gomatraciens ne peuvent même pas entretenir correctement leur corps et leurs vêtements. Les maladies dites des « mains sales » se sont sensiblement développées et continuent d’emporter des vies humaines, surtout des femmes et des enfants (exemple, le choléra a déjà tué plusieurs personnes dans le camp Katindo).

La route de l’aéroport, l’avenue du commerce et l’avenue dite « route de Sake », qu’on avait dépouillée, il y a deux ans, de l’ancien modique bitume en un rien de temps, sont devenus des champs de poussière, de trous béants et de boue, alors que ces tronçons constituent les axes principaux de notre ville. Depuis deux ans donc, nous endurons une situation intenable, aux conséquences sanitaires, économiques et sécuritaires incalculables :

–          Développement de maladies dues à la poussière volcanique inhalée depuis tant de temps ainsi qu’aux secousses causées par les trous, en particulier pour les personnes qui sont sur la route toute la journée (motards, taximen, commerçants). Des pathologies comme la pneumoconiose, les hémorroïdes, le choléra et l’asthme se sont considérablement développées, ainsi que des cas d’avortements précoces des femmes. Des spécialistes prédisent même des conséquences plus graves à l’avenir, notamment des cancers suite à la poussière volcanique.

–          La contamination des aliments vendus à découvert le long des routes. Or, à cause de la pauvreté, la population n’a d’autre choix que de continuer à les consommer ;

–          La détérioration des articles divers vendus dans les boutiques et magasins le long des routes principales, ainsi que la détérioration anormalement rapide des véhicules et autres engins de locomotion de la population ;

–          La multiplication des accidents de circulation, causant morts et blessés, que l’Etat ne peut même pas prendre en charge ;

–          Le gaspillage des moyens de l’Etat, fruits de nos efforts, pour faire deux ou plusieurs fois le même travail (pose de bordures, de gravier, …) ou arroser les routes (le peu de fois qu’on l’a fait) ;

–          Etc.

 

  1. II.                  Attitude des autorités et responsabilités

Les institutions provinciales actuelles (assemblée provinciale et gouvernement provincial) ont été mises en place il y a de cela sept ans. Elles sont les premières institutions mises en place démocratiquement, et à ce titre le peuple que nous sommes en attendait beaucoup. Mais pendant longtemps, alors que la population faisait des réclamations, les autorités provinciales et centrales se sont rejeté la responsabilité.

Or, au regard de la constitution de la République (notamment l’article 204, literas 11, 24 et 26) et des lois sur la décentralisation et la libre administration des provinces, les questions de voirie urbaine et de production et distribution d’eau potable sont de la compétence exclusive de la province.

La même constitution fixe les attributions et les pouvoirs de l’assemblée provinciale. Entre autres choses, elle guide et contrôle l’action de l’exécutif provincial. Les députés sont les porte-parole de la population. Pourtant, face à ces problèmes, nos députés n’ont encore rien dit, rien fait, ou presque. Le 6 novembre 2012, nous avons adressé aux députés provinciaux du Nord-Kivu une lettre ouverte, dans laquelle nous attirions déjà leur attention sur le problème de la voirie urbaine de Goma, et requérions leur intervention. Aucune suite jusqu’à ce jour. Nous voulons leur accorder pour la dernière fois le bénéficie du doute et croire qu’ils ne sont pas insensibles à notre situation, et qu’ils n’ont pas encore renoncé à leurs attributions, ni hypothéqué leurs prérogatives.

  1. III.                Exigences

Nous sommes à bout de patience, cette situation ne peut plus durer. Et nos premiers interlocuteurs ; ceux à qui le nous avons délégué notre pouvoir, et qui sont constitutionnellement et légalement les seuls habilités à intervenir efficacement, ce sont nos députés provinciaux. Ce sont eux qui ont élu le gouverneur et le vice-gouverneur et investi le gouvernement provincial. C’est eux qui sont censés les contrôler et les sanctionner en cas de besoin.

C’est pourquoi nous exigeons de l’assemblée provinciale ce qui suit :

  1. 1.       En ce qui concerne les routes :
  2. a.       Qu’en attendant le début de la session ordinaire, le 15 mars prochain, le Bureau de l’assemblée provinciale puisse se réunir en urgence et prendre des mesures concrètes pour obtenir des organes concernés que les travaux de réfection des principaux axes routiers de la ville entamés en 2011 soient asphaltés (et bien asphaltés) au plus tard le 15 mars 2013 (axe Rond-point Signers – Terminus Katindo, axe Rond-point Signers – Rond-point Rutshuru et axe Rond-point Rutshuru – Aéroport de Goma). Au besoin, qu’une session extraordinaire soit convoquée à cet effet.

Dans le cas contraire, nous tiendrons pour complices de notre malheur chacun des députés provinciaux, et exigerons leur démission pure et simple.

  1. b.      Qu’une commission d’enquête parlementaire soit immédiatement constituée, conformément aux dispositions des articles 175 à 185 du règlement d’ordre intérieur de l’assemblée provinciale, en vue de clarifier tous les dysfonctionnements observés dans la conception et l’exécution du projet de réfection de la voirie urbaine de Goma, d’établir toutes les responsabilités et de sanctionner ceux qui doivent l’être.
  2. c.       En attendant, et dans l’immédiat, que le Bureau de l’assemblée provinciale pèse de tout son poids pour que les voies de déviation actuellement utilisées soient redéfinies pour faciliter le transport, atténuer les risques d’accidents dans les quartiers et rendre raisonnable le prix du transport public. Pour cela, nous suggérons qu’une voie à sens unique soit ouvert entre le carrefour TMK et l’hôpital général pour que les véhicules qui vont de Katindo au centre-ville puissent y aller directement, et déboucher sur la route du Cercle sportif en passant par la Fondation Damien et le stade Afia. Ainsi, la route Cercle sportif-Instigo-Enaf-TMK sera réservée aux véhicules qui rentrent du centre-ville vers Katindo. Les petites routes du quartier dit TMK qui resteront utilisées pour la déviation doivent être au moins aménagées sans délai de sorte à les rendre raisonnablement praticables.

 

  1. 2.       En ce qui concerne l’eau potable :

Nous ne quitterons pas le siège du Bureau de l’assemblée provinciale tant que celui-ci ne se sera pas engagé solennellement et publiquement, à faire inscrire en ordre de priorité la question de la carence d’eau potable dans la province du Nord-Kivu, et dans la ville de Goma en particulier, sur l’agenda de la prochaine cession ordinaire. Concrètement, nous voulons voir l’eau potable couler dans nos robinets d’ici la fin du mois de mars. C’est possible. A nos députés de régler les détails avec le gouvernement qu’ils ont investi pour que ce soit fait. Sinon, encore une fois, nous les considérerons comme complices ou inaptes et exigerons leur démission.

LA LUCHA, qu’est-ce ?

LA LUCHA est un mouvement d’action citoyen, non-violent, et autonome (sans aucun parapluie politique, financier ou idéologique). Il est composé de jeunes intellectuels qui n’ont en commun que trois choses essentielles : 1) notre passion pour le Congo ; 2) notre révolte face à la situation, et 3) notre détermination à contribuer au changement des choses plutôt qu’à les subir, à nous plaindre ou encore à attendre qu’hypothétique « sauveur » pour nous délivrer.   

Nous refusons toute récupération politicienne de nos actions (nous nous assumons). Nous mettons aussi en garde toutes les autorités civiles et militaires contre toute entrave à l’exercice de notre liberté de manifester pacifiquement et à notre droit légitime d’exiger de nos élus des comptes, ainsi que contre toute velléité d’intimidation, d’arrestation ou de violence à notre encontre, pendant ou après cette manifestation. Le sit-in se fera de jour comme de nuit, à partir de ce jeudi 21 février 2013, pour une période indéterminée.

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Goma:10 jeunes manifestants acheminés à la Mairie par la police ce matin

Les jeunes membres de la lucha arrêtés lors d'une de leurs manifestations en 2012 à Goma

Les jeunes membres de la lucha arrêtés lors d’une de leurs manifestations en 2012 à Goma

10 des jeunes qui faisaient un Sit-in depuis hier aux bureaux de l’assemblée provinciale ont été acheminés ce matin à la mairie de Goma par la police. Ces jeunes sont regroupés au sein du mouvement révolutionnaire Lucha, qui signifie lutte pour le changement. L’objectif de leur sit-in était d’exiger de l’eau potable et une voirie urbaine digne de ce nom. « Si en plus de deux mois, pas un seul mètre n’est asphalté, dit l’un d’eux,  combien d’années prendront  la ville entière ? »

Hier nuit, des éléments de la police en patrouille ont ravi des téléphones portables et appareils photos à ces manifestants non violents pendant ledit sit-in.

Le mouvement lutte pour le changement déplore ce comportement incivique de la police nationale Congolaise. Pour elle, les forces de l’ordre devraient représenter une sécurité pour la population et non du vandalisme.

Cependant, la police a négocié ce matin avec les manifestants qui ont accepté volontairement d’être acheminé aux bureaux du maire pour lui faire part de leurs revendications. Avant de prendre le véhicule, ils ont marché à pied jusqu’à l’Eglise Carmel.

La population du quartier Himbi qui observait la scène dit soutenir la cause défendue par ces jeunes.  Certains jeunes curieux s’étaient même montrés prêt à rejoindre le mouvement pour réclamer dans la non violence leurs droits.

Pour le moment, nous ne possédons pas beaucoup d’informations sur la situation de ceux qui ont été acheminés à la mairie.