RDC : comment fabriquer un rebelle ?

La République démocratique du Congo compte plus de 50 groupes armés qui se livrent à de graves violations des droits de l’homme.

Mais, attention, ces groupes armés sont aussi un moyen pour beaucoup de citoyens de survivre. Certains me diront : « Mais… garçon, tu as perdu la tête ? »

En vrai, pas du tout ! Les grandes entreprises internationales et le gouvernement confisquent tous les revenus. Le Gondwanais « lambda » n’apprend qu’à l’école que son pays est riche en sol et sous-sol ! Pour se retrouver, certains décident de rejoindre des groupes armés à caractère tribaloethnique.

Alors, je ne donne ici qu’un bref aperçu sur comment on arrive à créer un groupe armé influent.

Petite précision : Je ne suis pas membre d’un groupe armé ! Cet article vient du temps que j’ai passé à effectuer des reportages sur des groupes armés comme la rébellion Mouvement du 23 Mars (M23), l’Alliance des patriotes pour un Congo libre et souverain (APCLS) et différents groupes Maï Maï dans le Grand Nord (Nord du Nord-Kivu).

Règle 1 : Apprenez votre histoire

Connaitre l’histoire de votre tribu vous permettra de la manipuler pour vos intérêts. Consultez les vieux sages et ils ne manqueront pas de trouver une mésentente avec les voisins (ce qui est normal).

Règle 2 : Victimisez-vous !

Se victimiser marche souvent ! Ça permet de montrer aux « notables » de la communauté que votre tribu est une espèce en voie d’extinction. Vous avez automatiquement leur soutien.

Se victimiser tente aussi des personnes qui ne sont pas de votre tribu de se joindre à vous pour « contre carrer un plan dévastateur des voisins. »

C’est quoi ce plan même ? Il n’existe que dans les mythes.

Règle 3 : Préparez vos futurs cadres

Si vous démarrez une rébellion, vous ne devez pas y être vu, ni de près, ni de loin !

Voilà pourquoi vous devez convaincre les notables de votre communauté et ceux de la diaspora d’octroyer des bourses d’études à l’étranger aux jeunes de votre village. Que doivent-ils étudier ? Tout ce qui a trait à la politique, à l’armée, à la balistique, l’aéronautique, la programmation informatique, etc.

Au départ, ne dites rien ! Dites tout simplement qu’ils ont mérité ! Comme ça, vous créez une dette morale en eux. Ils n’hésiteront pas à utiliser ces connaissances pour « sauver » la tribu qui a fait d’eux ce qu’ils sont.

Veillez à rester dans l’ombre. Mettez ces jeunes à l’avant-plan.

Règle 4 : Excellez en évangélisation

Cette viellie technique utilisée par des Européens en Afrique marche encore aujourd’hui. Devenez un grand révérend pasteur. Les Africains croient beaucoup en « Dieu ». Il suffit de trouver quelques versets dans la Bible ou le Coran pour le convaincre. Après tout, il a appris depuis sa naissance à ne pas blaguer avec « Dieu ».

Formez aussi des « enfants » spirituels. Même Nicholas Machiavel l’a dit : la religion permet de gagner gratuitement un certain pouvoir, une certaine autorité, une bonne crédibilité.

Quand vous êtes évangéliste, même de grands décideurs du pays ou du monde n’hésiteront pas à  vous recevoir facilement.

Du coup, vous gagnez en contacts et relations !

Règle 5 : Prenez le contrôle de l’économie de votre région

Soit vous contrôlez des carrières de minerais ou vous influencez les grands commerçants de la région. Ce n’est pas impossible même si vous ne venez de nulle part.

S’ils reconnaissent en vous une bibliothèque de l’histoire, donc un sage (voir règle 1) et/ou un guide spirituel (règle 4), ils feront sûrement tout ce que vous leur direz !

Il suffit de se trouver un argument, convaincant ou pas, montrez-leur que votre tribu est en danger. Comme leurs intérêts en dépendent, ils vous rejoindront !

Et quand vous avez l’économie, la politique ne peut que venir vers vous.

RDC: « Il y a des détournements qui sont couverts »

Les éléments Mai Mai Morgan actif dans le Mambassa. Source: kigaliconnect.com

Les éléments Mai Mai Morgan actif dans le Mambassa. Source: kigaliconnect.com

Les jeunes Congolais se plaignent de ne pas voir les fruits de travail de leurs élus. Ils les accusent de privilégier des intérêts personnels ; oubliant les promesses faites pendant la campagne électorale. Certains jeunes pensent même que les députés alimentent les conflits armés dans l’Est de la RD Congo.

Nous avons approché le député national, l’honorable Abdallah Pene Mbaka, élu du territoire de Mambasa, en Province Orientale.

Les jeunes ont raison

Il renseigne que ce problème existe depuis longtemps. « Lorsque je grandissait, tous ceux qui étaient élus au nom de Mambasa ne voulaient pas rendre de compte à la population, se souvient-il. Il y avait un vide de leader. » Ce constat l’a poussé à se lancer dans la politique pour tenter d’inverser la courbe.

D’abord administrateur de territoire en 1996, puis député élu en 2011, Il dit comprendre les réclamations de la jeunesse. Mais, il appelle à la prudence : « Les jeunes peuvent avoir raison de penser que certains sont parti pour leurs intérêts. Mais de là, globaliser serait aussi une erreur de généralisation. »

Pas au four et au moulin

Mais pourquoi ne tiennent-ils jamais (ou presque) leurs promesses électorales ?

Abdallah Pene Mbaka jette la balle à l’exécutif dont il dénonce le laxisme face aux détournements des deniers public. « Il y a beaucoup des choses que j’ai demandé à l’exécutif pour ma base, mais ça traine, se plaint-il. Il y a des détournements qui sont couverts. » Il estime avoir fait sa part en dénonçant et appelle la justice à faire son travail. Il se justifie : « Le député ne peut pas être au four et au moulin. »

Des politiques complices

Bien qu’il ne confirme pas ouvertement la complicité des politiques dans la crise à l’Est, il avance sa réflexion dans le même sens que les soupçons des jeunes Congolais. Exemple typique : Le chef rebelle en territoire de Mambasa, Morgan, a  le soutient de certains politiques du milieu. Pour le prouver, l’honorable Abdallah Pene Mbaka nous renvoie à l’histoire de ce Chef rebelle qui terrorise la population et les animaux : « Morgan fut un braconnier ; plusieurs fois arrêté et plusieurs fois relâché. Certaines autorités se servaient de lui pour avoir clandestinement l’ivoire et la viande d’éléphants. Petit à petit, il est devenu nuisible pour toute la communauté. »

En matière de bonne gouvernance, l’honorable député est direct : « Il n’y a pas de bonne gouvernance a Mambasa. Les contribuables paient des taxes, mais ne voit pas de contrepartie. »

Par Gaïus Kowene

RDC : La population civile, encore et toujours victime

M23 Troops Bunagana 2 par Al Jazeera English, CC

M23 Troops Bunagana 2 par Al Jazeera English, CC

Plus de 4 morts, 60 blessés et plusieurs maisons incendiés : C’est le bilan provisoire des affrontements de ce Mercredi 27 Février 2013 à Kitshanga, dans le territoire de Masisi, opposant l’armée régulière à la milice APCLS (Armée Patriotique pour un Congo Libre et Souverain). L’ APCLS est un mouvement maï-maï d’auto-défense actif dans cette partie de la RD Congo.

Ces affrontements ont occasionnés un déplacement massif de la population. Une partie a trouvé refuge près de la base de la mission des Nations Unies pour la stabilisation de la RD Congo, MONUSCO. Leur nombre exact n’est pas encore connu. Dans un avenir proche, des humanitaires présents dans la zone seront évacués.

3 jours avant, ce sont deux factions du mouvement rebelle M23 qui ont échangé des tirs. Pouvoir et argent, bref, leadership serait à la base de ces dissensions. Ici encore, six civils ont perdu la vie, nous renseigne le bureau des Nations Unies pour la coordination des Affaires humanitaires, OCHA. Le lendemain, l’une des factions a pris le contrôle de Rugari, localité située à 30 km au Nord de Goma. Elle y a érigé une barrière de péage. Le président du M23, Jean Marie Runiga Lugerero est destitué de ses fonctions par le commandement militaire de ce mouvement rebelle.

Les agences et systèmes des Nations Unies y arrêtent momentanément leurs activités.

Rappelez-vous que 11 Chefs d’Etats Africains ont signé Dimanche 24 Février 2013 un accord cadre pour éradiquer ce problème. Cet accord cadre donne au conseil de sécurité de l’ONU un feu vert pour accorder un mandat précis à la force internationale neutre. Celui de la MONUSCO sera probablement renforcé.

Un autre complément dans ce dossier est que les aéronefs sans pilotes, qu’on appelait drones, seront bel et bien envoyés pour surveiller la frontière Rwando-Ougando-Congolaise. Sauf que ces drones ne pourront tirer aucun coup de bal, si ce n’est livrer des informations en un temps record. Ces informations permettront de planifier des opérations militaires plus efficaces.

Par Gaïus Kowene

Nord Kivu: Une guerre de production agricole?

Un champ de culture à Vuyinga, au Nord Kivu

Un champ de culture à Vuyinga, au Nord Kivu

La guerre dans l’Est de la RD Congo serait une guerre de production agricole : voilà ce que pensent les habitants de Rutshuru et Masisi, en province du Nord Kivu. La plupart d’attaques des groupes armés ont lieu en période de récolte. Ces attaques occasionnent le déplacement de la population qui ne peut plus aller récolter. Les produits qui échappent aux pillages des hommes en arme pourrissent dans les champs.

Face à cette triste situation, des humanitaires et payants mettent en place des solutions palliatives.

La population a changé les cultures et perturbé le calendrier de récolte. Certains plantent présentement du Soja en lieu et place du haricot (plus consommé que le Soja). D’autres ont remplacé leurs champs des tubercules (patates douces, maniocs, etc…) par l’arachide (qui prend plus de temps pour être récolté).

La population a volontairement perturbé le calendrier de culture en semant avant le 15 Février 2013. Ceci la permettra de récolter en mai, au lieu de Juin (mois ou il y a des nombreuses attaques des groupes armés).

Les humanitaires, eux, optent pour le renforcement des capacités de résilience des populations. Ceci consisté à donner aux populations la capacité de répondre rapidement au besoin alimentaire même après pillage des récoltes.

Le cash and Voucher est une façon de renforcer le secteur de production locale. Dans ce système, le Programme Alimentaire Mondiale donne aux déplacés ou retournés des jetons. Avec ces jetons, ils peuvent acheter une certaine quantité d’aliments de leur choix dans une foire dédiée à cette fin.

L’inconvénient de ce système est qu’on ne peut pas satisfaire la demande avec une production basse. Le Programme Alimentaire Mondiale a parfois besoin des plusieurs tonnes de maïs chaque semaine, que les agriculteurs locaux ne peuvent produire.

Guerre politique ou de production agricole, le retour de la paix reste la seule prière des habitants de ce coin de la RD Congo.

Par Gaïus Kowene

Goma: L’art vaincra-t-il les armes ?

Des jeunes de Goma en pleine séance d’échanges culturelles.

Des violents affrontements ont lieu à Kibumba, localité située à moins de 30 kilomètre de la ville de Goma, dans l’Est de la RDC. Des déplacés affluent en masse vers le Rwanda, l’Ouganda et dans des camps des déplacés environnant la ville.

Des chars de combat de la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation de la RD Congo (MONUSCO) sont visibles dans des coins stratégiques de la ville de Goma. La manifestation des épouses des militaires morts au front le matin n’a fait qu’empirer la psychose, paralysant toute les activités dans la ville de Goma.

Toutefois, une vingtaine des jeunes Gomatraciens ont profité de cette occasion pour réfléchir sur le chaos sécuritaire qui prévaut et ce qu’ils peuvent faire. La projection d’un film court-métrage prévue pour ce samedi, a été reportée pour le week-end prochain. Le débat était ouvert, avec des hélicoptères de la Monusco dans le ciel, signe de la fragilité de la sécurité. C’était au centre de création artistique et échanges culturel Yolé!Africa.

Ces jeunes ont tout d’abord voulu comprendre la cause de cette guerre infernale (cycle ininterrompue) dans l’Est de la RDC, en province du Nord Kivu.

Ils ont brossé un brève historique de la guerre depuis 1996, décrié la complicité de certains membres du gouvernement et formulé des recommandations. Ils ont fait remarquer que condamner seulement le Rwanda revient à distraire la population pour oublier les grandes puissances qui sont derrières. Ils ont proposé utiliser leur art pour sensibiliser leurs paires à se désolidariser des groupes armés, à parler aux autorités tant nationales qu’internationales.

Pour le centre de création artistique et échange culturel Yolé!Africa, ni cette guerre, ni le chaos sécuritaire ne devraient pousser à céder à la panique. Depuis plus de 10 ans, cette initiative autonome encadre les jeunes et leur offre des formations gratuites dans différentes discipline artistiques et un cadre d’échanges pour ceux-ci.

Pour le moment, la population Gomatracienne est dans une confusion totale, ne sachant pas faire confiance au Gouvernement, à la communauté internationale ou aux rebelles opportunistes. Yolé!Africa et ces jeunes artistes se disent déterminés à vaincre la guerre par l’art.

Par Gaïus Kowene

Goma : Le M23 à l’extérieure, des bandits armés à l’intérieure!

Les militaires rebelles mutins du M23, actif dans l'Est de la RDC, à la frontière avec le Rwanda et l'Ouganda ( Photos tirée de Slate Afrique).

Les militaires rebelles mutins du M23, actif dans l’Est de la RDC, à la frontière avec le Rwanda et l’Ouganda ( Photos tirée de Slate Afrique).

« Ce matin à 8h, 3 hommes armés ont visité une maison à coté de Merlin, près de l’hôpital Heal Africa. Un agent de la police qui était sur place a tenté d’attraper l’un des assaillants, mais l’a ensuite relâché par ce que les autres ont menacé de tirer sur lui. »

La crise sécuritaire à l’Est de la République Démocratique du Congo prend une autre ampleur. Sur la psychose d’une éventuelle attaque de la ville de Goma par les rebelles mutins du M23, s’ajoute le terrorisme des bandits armés opérant presque toutes les nuits.

 Dans moins d’un mois, ils ont attaqué, sans être inquiété, des personnes tant  physiques que  morales. Certaines de ces attaques se sont même soldées par des morts d’hommes.

Quelques jours après avoir dépouillé le centre de création artistique et échange culturel, Yolé!Africa, c’est l’une des bases de l’ONG internationale Save the Children qui était ciblée. Ils y ont emporté des ordinateurs et tant d’autres biens de valeur. Il n’y a, heureusement, pas eu de perte en vies humaines.

La nuit de ce Lundi au Mardi, des hommes en arme ont tiré à bout portant sur  trois personnes dans une boutique en face de l’Université de Goma. Il s’agit de la femme du propriétaire de la boutique, un officier supérieur de la Garde Républicaine et un autre client qui y prenaient de la bière. Le propriétaire de la boutique a échappé de justesse en essuyant des tirs de ces malfrats.

Cette situation inquiète au plus haut niveau les Gomatraciens qui ne savent à quel saint se vouer. Un silence totale du coté des autorités politico – administrative s’observe. Quand à la Police Nationale Congolaise, elle annonçait le renforcement de la communication avec la population civile pour faciliter la dénonciation.

En attendant, des paisibles citoyens meurent et sont traumatisés gratuitement.

Par Gaïus Kowene