Comment rapprocher les médias des personnes marginalisées afin d’évoquer leur situation dans la presse ?

En RDC, les médias traditionnels ne parlent pas des personnes marginalisées, ils évoquent uniquement ce qui concerne les nantis, l’élite. Obliger les personnes marginalisées à payer pour avoir bonne presse ? Difficilement acceptable… Autrement, elles se voient obligées de se taire, mais cela revient à restreindre leur liberté d’expression et à quasiment annuler leur visibilité dans la société. Comment faire pour changer la donne?

Par Gaïus KOWENE

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Conversation de la campagne #TogetherWeSpeak à Goma, dans l’est de la RDC (Crédit photo: Bernadette Vivuya)

En marge de la campagne #TogetherWeSpeak – lancée par l’Alliance Mondiale pour la participation citoyenne (CIVICUS)- les blogueurs congolais (réunis au sein de la blogosphère Gomatracienne, #BloGoma), ont organisé une conversation afin de rassembler des personnes dont le point commun est d’être toutes très rarement interviewées par les médias. Des membres de la division provinciale de l’association Compassion Albinos et du comité provincial paralympique ont pris part à la rencontre.


Les discussions ont permis d’aborder deux questions : pourquoi les médias « oublient »  les groupes marginalisés et pourquoi ces groupes n’approchent pas d’eux-mêmes les médias ?


Comme toujours, la question de l’argent est revenue sur la table. L’argent, le nerf de la guerre…  Les médias n’ont pas d’argent, ils doivent donc marchander leurs sujets pour pouvoir survivre. Doit-on comprendre qu’en RDC la liberté d’expression est avant tout économique ?

Et ce n’est pas tout ! John Kalala, le directeur de la Radio locale Shekinah FM, a soulevé un autre point important : le complexe d’infériorité qui empêche certaines personnes marginalisées d’approcher les médias. Cela peut paraître étonnant, mais, parfois, ces personnes refusent de parler aux journalistes. Cela s’explique par le fait elles n’ont pas assez confiance en elles, elles n’osent pas prendre la parole et trouvent des excuses pour éviter de s’exprimer dans les médias. Pourquoi cette peur ? C’est surtout dû à l’image que les gens ont des journalistes : un journaliste est considéré comme un « super-homme », les gens ordinaires ont cette image parce-qu’ils voient que les journalistes ont « du réseau » et passent beaucoup de temps avec des personnes influentes. Les personnes ordinaires s’autocensurent parce-qu’elles ne se sentent  pas à la hauteur, quel dommage !


Voici une vidéo qui résume bien la conversation qui a eu lieu, avec comme sujet :
“La Majorité oubliée: comment aider la masse à occuper l’espace civique”

D’où, la nécessité d’organiser des activités de rapprochement entre les medias et ces groupes marginalisés, tout en initiant les médias l’entreprenariat grâce aux activités génératrices de recette. A cela s’ajoute aussi le processus de création des médias et le contrôle de l’autorité de régulation.

Face à ce constat, il est important de réagir. D’où l’envie d’organiser des activités de rapprochement entre les médias et les groupes marginalisés. Et, comme le problème est aussi économique, nous organisons des ateliers pour initier les médias à l’entreprenariat, ainsi, grâce à des activités génératrices de recette, nous espérons changer la donne. A cela s’ajoute aussi le processus de création de médias et le contrôle de l’autorité de régulation.

Dernier point, ces rencontres permettent aussi  aux personnes qui vivent avec albinisme de profiter des réseaux sociaux, elles peuvent ainsi attirer l’attention des médias traditionnels sur leur situation.En RDC, pays où moins de 7% de la population a accès à internet, les médias traditionnels gardent aujourd’hui encore un grand pouvoir.

Que pensez-vous de ce sujet ? Comment multiplier les échanges avec les groupes marginalisés et comment arriver à renforcer l’accès aux médias pour des groupes ? Donnez-moi votre avis en commentaires ci-dessous.

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Gaïus Kowene
Gaius Kowene est un Journaliste & web activiste racontant les histoires des gens ordinaires aux réalisations extraordinaires. Ses billets de blog se focalisent sur des concepts démocratiques comme la participation citoyenne et les droits de l’homme.

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