Procédure de divorce entre journaliste et coupage

Dans certains pays du Sud, il est courant de voir des journalistes accepter de l’argent ou cadeaux de leurs sources. En RDC, ça s’appelle « coupage ». C’est l’une des causes de la misère éternelle des chevaliers de plume. Voici comment en finir.

Par Gaïus Kowene

La presse couvrant l'investiture de Bertrand Bisimwa a la tête du M23 a Bunagana, RD Congo

La presse couvrant l’investiture de Bertrand Bisimwa a la tête du M23 a Bunagana, RD Congo (Crédit photo: Gaius Kowene)

En RDC (et un peu partout en Afrique aussi), il est courant de voir des journalistes travailler en clics. Quand je parle des clics je fais allusions aux groupuscules des amis.

C’est comme ça qu’ils s’invitent aussi à couvrir des événements et manifestations.

Le calcul est donc simple : vous ne faites pas partie de mon clic, je ne vous invite pas ! (parce que j’ai des amis influents au pouvoir ou dans le comité organisateur).

Ces clics sont souvent formés sur la base des intérêts. Qui dit intérêts voit aussi l’argent !

Eh oui ! Le coupage ! Cet argent appelé « transport, crédit téléphonique, dernier mot ou communiqué final » que ces journalistes exigent de leurs sources pour diffuser une information.

Des blogueurs comme Feza Umande en ont parlé sur leurs blogs. D’ailleurs, le Documentaire Kinshasa FM en parle aussi.

Et nous qui refusons de la prendre somme vu comme des traîtres. Voilà pourquoi c’est très difficile de se faire inviter à couvrir une manifestation (surtout officielle) par les adeptes de cette pratique, souvent proche des organisateurs.

Certains vont même jusqu’à nier leurs confrères, disant qu’ils ne sont pas journalistes pour prendre le montant qui leur revenait !

Ah, chers amis ! Comment voulez-vous qu’on vous respecte dans des conditions pareilles ?

Quand on devient un « journaliste domestique », c’est normal que même vos maisons de presse ne pensent jamais à votre salaire !

Non pas qu’ils manquent l’argent, mais parce qu’ils savent que vous allez en gagner « suffisamment » sur terrain !

Et alors ? Faut-il encore condamner l’Etat Congolais qui donne des autorisations de fonctionnement à des personnes qui n’ont qu’un émetteur et rien de plus ?

Faut-il condamner ces propriétaires des radios et télévisions qui ont déjà effacé dans leur dictionnaire le mot « salaire » ?

Je ne cesserais de le répéter: c’est de leur faute que beaucoup des journalistes ne sont pas payés correctement !

A mon humble avis, parce que ça ne m’engage que moi, chassez le coupage et il ira loin de vous !

Qu’est-ce que j’attends par la ?

Vous êtes devant un problème. Au lieu d’affronter le problème, vous décidez de vous accommoder. Et finalement ? Vous vivotez à votre manière, mais, le problème ne disparait pas non plus !

Ici, je veux demander à tous les journalistes Congolais d’arrêter de se plaindre sur leurs conditions de travail !

Le principe est simple : Ne demandez pas le salaire à une personne qui ne vous a pas embauché ! A l’occurrence votre source d’information !

Exigez un salaire plutôt à votre maison de presse! Et si elle n’a pas de moyen, vous ne pouvez pas faire un miracle!

Expliquez clairement à votre boss que les conditions de travail ne sont pas réunies et démissionnez !

Mais, attention, restez toujours respectueux ! Apres tout, c’est votre boss ! Evitez aussi d’aller raconter des problèmes internes ou des commérages sur la maison !

« Tu nous demande de démissionner, mais comment nos enfants vont vivre ? » me diront certains.

C’est bien d’y penser, mais, c’est beaucoup mieux de voir loin !

Si vous maitrisez votre travail, vous pouvez travailler en indépendant et gagner votre vie honnêtement.

Vous garderez le respect que les gens ont pour vous et prouverez qu’être journaliste Congolais n’est pas forcément synonyme d’être mendiant.

Mais, tant que vous continuerez à chercher à vous accommoder au problème en acceptant le coupage, vous continuerez à pérenniser cette image du journaliste misérable et encourager les responsables des médias à ne jamais penser au salaire.

Autre chose : ce problème de coupage est aussi un problème de morale. J’ai vu des journalistes bien payés (par rapport aux autres) mais, qui se battaient aussi pour avoir le 5 $ de leur source ! Quelle honte!!!

Donc, ici, les responsables des médias devraient être strictes avec leurs journalistes : quiconque prend le coupage perd son boulot !

Hahhahahaha !!! Cette menace n’a de sens que si ce boulot lui permet de vivre. C’est-à-dire avant de menacer, pensez à leur remettre dans leur droit! Pour être direct: Payez leur salaire!

Et si vous n’en avez pas les moyens, fermez tout simplement votre maison de presse. Investissez votre argent ailleurs !

Il y a tellement des domaines d’interventions qui rapporteront beaucoup plus d’argent sans autant d’embrouille. Après tout, tout le monde n’est pas obligé d’être journaliste ou responsable d’un média pour vivre, hein!

Chassez le coupage et il fuira loin de vous !

 

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Gaïus Kowene
Gaius Kowene est un Journaliste & web activiste racontant les histoires des gens ordinaires aux réalisations extraordinaires. Ses billets de blog se focalisent sur des concepts démocratiques comme la participation citoyenne et les droits de l’homme.

7 réflexions au sujet de « Procédure de divorce entre journaliste et coupage »

    • En fait, c’est de la corruption, ce que certains confrères font! C’est a cause d’eux que c’est devenu un peu difficile de faire confiance aux journalistes Africains et des médias étrangers préfèrent envoyer « leurs nationaux » parce qu’ils le croient!
      Alors, je crois qu’il est temps de séparer les mauvaises tomates de bonne!
      Gaius Kowene
      http://gkowene.contently.com

  1. Bons conseils aux journalistes et aux opérateurs des médias.
    Et plus, ceux-là qui n’ont pas de quoi « couper » ces pseudo-journalistes, voient tout simplement leurs nouvelles ne pas être diffusées.
    Nous avons vraiment peinés par ce vice dans notre mouvement « Lutte pour le Changement », LUCHA parce que nous n’avons pas de quoi donner comme frais de transport et pourtant, s’ils publiaient nos actions gratuitement, cela contribuerait…
    Je me rappelle, quand on a été emprisonné à 2011, GAIUS l’avait publié et nous avons été relâché; et ce n’est pas seulement ce jour là.
    QUE SOIT BANNIE LE COUPAGE ET TOUS SERONS GAGNANTS!

  2. Ping : Payer ou se taire: medias face aux groupes marginalisés

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